40 400 $

Ce sont les droits de scolarité annuels pour les élèves internes du collège de Stanstead, le plus cher du Québec.

En cette période de débats sur les droits de scolarité, voilà qui met les choses en perspectives. Ou pas…

Les votes de grève se multiplient dans les université et les cégeps du Québec. Profitons-en pour brasser quelques idées.

Dans sa chronique À quand le diplôme équitable ?, Pierre Fortin établit qu’un étudiant universitaire peut obtenir un taux de rendement annuel de 19 % (16 % après impôt) pour l’investissement qu’il a fait dans ses études. Par conséquent…

…s’il est démontré qu’il faut vraiment augmenter le budget annuel con­sacré aux universités, la société ne serait pas malvenue de demander aux principaux bénéficiaires du système de hausser leur contribution. On pourrait, par exemple, porter cette contribution de son niveau actuel de 10 % du coût réel des études à 17 %. C’est le pourcentage du coût réel des services de garde qu’on demande aux parents de verser aux CPE. La facture étudiante à l’université passerait de 3 000 à 5 000 dollars par année. Ailleurs au Canada, elle est de 7 000 dollars.

À quand le diplôme équitable ?, Pierre Fortin, Janvier 2011

Pour l’économiste Clément Lemelin, la fameuse crise de financement des universités n’existe peut-être même pas. Selon lui, les université doivent dépenser mieux, pas plus.

Les universités québécoises manquent-elles d’argent ?

- Présentement, je ne vois pas d’arguments solides qui prouveraient l’existence d’une réelle crise du financement dans les universités. Les comparaisons avec d’autres provinces ou pays sont souvent intéressées et boiteuses.

Par exemple, dire qu’au Québec les recettes des universités sont trop basses par rapport à celles de l’Ontario n’a de sens que si l’on précise qu’il en est ainsi en raison des droits de scolarité plus faibles : les subventions directes de l’État aux universités, elles, sont plus élevées au Québec !

Les provinces disposent de trois outils pour financer les universités : les subventions directes, le financement des étudiants par des programmes de prêts et bourses, ainsi que les pro­grammes fiscaux - par exemple, des crédits d’impôt. On a souvent tendance à oublier les deux derniers outils dans les discours et les analyses.

Dépenser mieux, pas plus. Octobre 2009.

De son côté, le recteur de l’Université Laval, Denis Brière, lance une idée originale : faire participer les entreprises au financement des universités en réorientant le fameux budget de formation des employés de 1 % auquel Québec les astreint.

Les entreprises dont la masse salariale dépasse un million de dollars sont tenues, par la loi, d’en consacrer 1 % à la formation de leurs employés. Et les sommes non dépensées dans l’année sont versées au Fonds de développement et de reconnaissance des compétences de la main-d’œuvre. Pourquoi ne pas consacrer plutôt une partie de ce 1 % à la formation de la relève ? demande le recteur.

- La plupart des gens ne savent pas que 1 % de la masse salariale au Québec, cela représente entre 600 et 700 millions de dollars par année ! Admettons qu’on aille en chercher la moitié, soit 350 millions de dollars. Il ne s’agirait pas de prendre simplement cet argent pour pallier notre sous-financement. Il faudrait offrir des services supplémentaires. Mais ça aiderait à former la relève.

Ne croyez-vous pas néanmoins que les étudiants devraient payer davantage pour leur formation ?

- Oui, mais si on fait porter le fardeau aux étudiants seulement, on se fait du tort à soi-même. L’effet est psychologique autant que financier. Si vous doublez les droits de scolarité, comment un parent va-t-il réagir ? « Mon fils, je ne suis plus capable de t’envoyer à l’université. » Même s’il en est capable. Si on s’engage dans cette voie, les universités en ont pour cinq ans avant de voir remonter le nombre d’inscriptions. Notre mission est de former des diplômés. Si on en forme moins, on ne la remplit pas.

Les dollars neufs des universités, Novembre 2010

À l’Université Laval, comme ailleurs, on cherche de nouvelles façons de se financer. L’une des solutions trouvée risque d’en faire sursauter plus d’un (les professeurs, notamment).

Sur la base d’un programme d’innovation pédagogique, Laval invitera des entreprises ou des institutions publiques à finan­cer partiellement, pendant cinq ans, le salaire d’un nouvel enseignant choisi par l’université, sur la base d’un projet d’inno­vation pédagogique. Des sommes pouvant atteindre 400 000 dollars par chaire, des ententes qui pourraient être renouvelables. L’objec­tif est de créer 50 chaires d’ici 2016 !

(…)

Pourquoi s’arrêter là ? L’Université Laval - qui vient d’accoler le nom de Telus au nouveau stade intérieur, bientôt terminé - creuse la veine partenariale en devenant la première au Québec à créer des chaires d’enseignement. Dans le reste du pays, on s’y est mis aussi, selon l’Association des universités et collèges du Canada. Depuis juin, la multinationale de produits pharmaceutiques et d’instruments médicaux Abbott contribue à former des rhumatologues à l’Université McMaster, en Ontario. En 2007, une fondation de Hongkong donnait trois millions de dollars à l’École de génie Schulich, de l’Université de Calgary, dans le but d’insuffler aux futurs ingénieurs le sens de l’innovation.

Chaires fraîches, novembre 2011

(Photo : R. Remiorz / PC)

  1. Camera: Canon EOS-1D Mark III
  2. Aperture: f/5,6
  3. Exposure: 1/250th
  4. Focal Length: 168mm

« En fait, comme le révèle le tableau ci-dessus, les jeunes Québécois ne souffrent pas principalement d’un problème d’accès aux études universitaires, mais bien plutôt d’un problème de persévérance jusqu’au diplôme. »

- Pierre Fortin, À quand le diplôme équitable ?